Les frontières de l’incompréhension
Amon veut dire « inconnaissable ».
Mais que veut dire le titre de cet article ?
Prenons un simple exemple : Néron…
Ah non ! Ras-le-bol de Néron ! Un autre exemple…
Même si une fourmi était assez intelligente pour développer un entendement du monde, elle ne modifierait pas son organisation sociale éprouvée.
Un système qui nie l’individu au profit du clan[1].
Et même si elle avait suffisamment d’influence, le temps passé à convaincre ses congénères dépasserait très certainement la durée de son existence.
Et même si sa vie était suffisamment longue pour influer sur le destin des fourmis, ce serait uniquement sur celui de sa propre fourmilière.
Vous voyez, le titre était finalement assez simple, car notre société a quelques points communs avec ce type de disposition.
Qu’on l’aime ou non, la naissance s’apparente à une fortune boursière ; c’est-à-dire à une fortune constituée en une seule fois et dont l’héritier ignore les mécanismes élémentaires de gestion.
Si le bonheur n’est pas vraiment le fruit d’une comparaison[2], il peut être celui d’une révélation.
À l’échelle de l’Univers, tous les êtres se valent ; n’importe quelle vie vaut probablement une autre.
On nait, on meurt, et ce qu’on a accompli n’a d’importance que pour le monde des humains[3] .
Si l’activité humaine est nocive, elle aura de l’importance pour les autres espèces et (dans la mesure où elles le pourront) elles chercheront à nous éliminer.
Dès le début, cette évidence semble s’imposer à nous, sans qu’il nous soit possible de la modifier.
Mais après ce constat vient la compréhension du monde.
Même si nous aimerions qu’elle le soit, la nature n’est pas forcément philanthrope.
Alors, l’expression : notre mère la Terre…. Oui ! Mais modérons le propos.
La Terre ne semble pas avoir le moindre sentiment maternel pour nous.
Par contre, elle a ses lois : manger, boire et dormir… auxquelles désobéir est sanctionné à coup sûr par la disparition.
Attention : l’amour maternel n’a pas non plus une dimension/définition universelle.
Chez les oiseaux (descendants des dinosaures), une mère peut délaisser un de ses petits au profit de celui qui est le plus fort[4].
Les premiers hommes couraient (sans but et sans chefs) vers les premières villes, les premiers rois et leurs rituels.
C’était une bonne façon de dompter l’infortune et les deuils.
La différence entre un monde souhaité et le monde tel qu’il est nous force à regarder le réel et celui-ci ne nous donne pas envie de vivre.
Le premier réflexe de sanctifier les liens familiaux n’est peut-être pas si idiot.
En tout cas, c’est une manière de marcher ensemble.
Mais planter son idéologie dans un symbole extérieur à soi peut être dangereux[5].
Dans la mathématique du possible, nous avons un prédateur.
Le phénomène de la vie tout entier a un prédateur !
Une volonté impénétrable de détruire toutes les valeurs non-nulles dans le vide existe bel et bien.
Et dans la perspective de cet univers-là, faut-il renoncer à tout ?
Se détacher du monde ?
Et plus particulièrement, de ce monde par trop complexe qui voudrait nous aliéner ?
Le fait de supprimer tous les animaux et de ne conserver que ceux qui nous sont utiles est évidemment une erreur anthropocentrique.
L’arriérisme est (en règle générale) sanctionné par la modernité. Ce qui ne semble pas être le cas à notre époque.
Faut-il en revenir à croire à des vieilles explications dont la platitude correspondrait à celle d’une Terre où l’on aura bien du mal à faire des calculs balistiques ?
— La condition humaine est absurde, nous disait Camus.
Des libertins nous parlent d’Art et de littérature.
Vivre dans le divertissement pour oublier. Pour ne pas affronter le vide. Condamnés à mourir sans savoir pourquoi nous avons vécu.
Cette parafocale, capable de comprendre l’univers mais pas nous-mêmes, est une illusion confortable, touillée par les jésuites et la casuistique.
— Même si la probabilité que Dieu existe est faible, mieux vaut parier sur lui, nous conseille ce joueur de Blaise Pascal.
Par un calcul d’intérêt et d’opportunisme métaphysique, la foi viendra mécaniquement par la répétition, elle deviendra un mode de vie.
Heureusement, il reste la prévision et son déchiffrage.
Ce que nous verrons, si vous le voulez bien, dans une prochaine Folie.
Et voilà.
Un pas de géant pour moi, Un petit pas pour l’humanité.
Nous allons à présent chanter, comme tous les oiseaux de tous les matins du monde, avec Banks et Rutherford[6] :
And so with gods and men
The sheep remain inside their pen,
Though many times they’ve seen the way to leave.[7]
Merci pour tous vos messages bienveillants sur Messenger, pour vos commentaires souvent percutants et pour vos abonnements.
Bref, merci de vous intéresser à mes textes.
Georgie de Saint-Maur
[1] Au sein des fourmis, la place de l’individu n’est pas prépondérante.
[2] Ce n’est pas parce que d’autres vont plus mal que nous que nous allons bien.
[3] Voir les deux articles consacrés à Ipsikiff),
[4] Cette attitude, qui nous choque, peut toutefois se retrouver chez les mammifères : une femelle chien peut refuser d’allaiter un de ses petits (généralement malade).
[5] Voir le cuirassé Bismarck pat exemple.
[6] Firth of Fifth, le titre est un jeu de mot avec l’estuaire de Forth en Ecosse (Firth of Forth). Forth signifiant également quatrième. Tony Banks et Mike Rutherford (ce sont eux qui ont écrit les paroles) inventent une rivière imaginaire portant le nom de cinquième (Fifth).
[7] (+ ou -) Il en est ainsi des Dieux et des hommes / Les moutons restent au fond de leur enclos / Bien qu’ils aient compris plusieurs fois comment s’en échapper.
