Dans mes p'tits papiers

Les écoutilles du sensible

Il est des livres nourris de pages jamais tournées avant d’être transcrites et de constituer l’espace de commémoration qu’offrent les mots.

Il est des livres dont les pages ne se tournent jamais totalement, elles se gravent en nous, comme des souvenirs indélébiles qui rejoignent la mémoire de l’humanité.

Des livres qui ne se sont jamais refermés, ils se sont déployés à l’intérieur de nos vies ; ce qu’ils décrivent résonne, vibre, tourmente, apaise, transforme, caresse, bouscule, déchire, met en lumière des parts d’ombre.

Ils nous dévorent quand nous croyons les dévorer. Ils dévorent en nous ce qui doit être dévoré et c’est pour cela que nous voulons les engloutir.

Des livres dans lesquels l’auteur et le lecteur se désintègrent parce qu’ils plongent en eux et, par cette immersion, intègrent les abysses du monde qui les hantent, découvrent les abîmes de tous les humains auxquels ils croyaient échapper.

Il est des livres qui dessinent si bien nos peurs, nos faiblesses, nos désarrois, nos cruautés, nos lâchetés, nos refus d’exister qu’il faut beaucoup de courage pour arriver à les écrire, oser les publier, oser les lire dans toute l’étendue du drame qui se trame et se révèle.

Lire sans oublier, sans fermer les écoutilles du sensible, lire pour ne pas oublier, lire pour écrire son livre intérieur, l’ouvrir et le laisser exprimer l’innommable… Pour ne plus s’absenter à soi-même. Lire pour ne plus se fuir.

Lire pour rien. Rien de plus que cette rencontre avec l’esprit d’un autre.

Il est des livres qui ne cherchent pas à séduire, ils crient à notre place et nous laissent sous le choc de ce cri jamais entendu, jamais sorti. Des livres qui dansent dans nos nuits en agitant des mots épars, des scènes que l’on a cru vivre, des décors, des visages, des intérieurs que l’on a cru voir un jour sans pourtant les avoir croisés ailleurs que dans ce songe, ces rêves éveillés, réveillés qui opèrent des métamorphoses dans un réel que nous pensions circonscrit et que, désormais, nous ne regarderons plus de la même manière.

Des livres-gestes, des livres-composts fertiles…

Il est des livres où passé, présent et futur semblent se mélanger ; l’enfant guette sous le regard de l’homme et inversement l’adulte qu’il sera existe déjà dans son regard d’enfant. Pas totalement, pas définitivement car le livre déjoue les destinées en les rejouant, offre des échappées, des lueurs d’étoiles inattendues qui traversent les pages de nos existences.

Ces livres qui ne nous laissent pas en paix, qui ne cherchent ni la paix, ni la guerre, ces livres qui font état d’une main qui se tend au travers du temps et se heurte au vide sans solution.

Ces livres d’artistes dont la facture est à la mesure de notre désir de sensualité. Des livres qui rejoignent le sens par les sens.

Ces livres que nous aimons. Ces livres qui se vivent.

Ces livres qui, pour un moment, nous laissent sans voix, dans le silence d’une page blanche où enfin tout commence.

De tous ces livres, Apnée de Stéphane Gerhards en est un condensé.


Prix : 25.00 €
Frais de port : 5.50 €
ISBN : 978-2-931067-35-2
Pages : 80
Format : Livre broché – 20 x 20 cm


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