Le Gros secret : septième épisode

Septièmes analyses

Jolie métafiction, les romans imaginaires sortent du néant pour devenir plus réels que jamais sous la plume de leurs éminents critiques

La porte arrière du roman

Les anciens remparts de la seconde enceinte du récit nous révèlent bien des secrets. La porte arrière de Paul Schnude, notamment, découverte au cours de la page 632, nous montre que bien des personnages ont essayé vainement de l’utiliser pour s’introduire dans le « Gros secret ». La plupart d’entre eux sont restés au sol, carbonisés par la photosynthèse.

Rien de ce que nous espérions pour eux ne s’est produit.

L’auteur était un familier de ce genre de messages d’espoir. Il escomptait toujours que les héros de ses histoires utiliseraient avec succès n’importe quelle astuce. Nous savons, de nos jours, que sa personnalité inquiète dominait le champ de ses trous verts. Ses piteux efforts, dans la vie réelle, pour empêcher le public de trouver ses personnages attachants, se soldaient toujours par les victoires mitigées d’une demi-poire à la Pyrrhus.

Quant à Paul Schnude, nous sommes témoins, bien malgré nous, du vol de la clef par Milos Troutku. (Philippe Sarr ne nous parlait-il pas à propos de cette chère Sidonie Frang, d’un « personnage idoine d’un roman choral dont les clés auraient été (volontairement) égarées par son auteur ? » ).

Un Milos Troutku en mal de galons, de reconnaissance, de solidarité inter-personnages.

Et lors de sa rencontre avec Culottin, qu’espérait Paul Schnude, si ce ne sont des conseils scénaristiques ?

Dans ce domaine Culottin est un parfait narcisse. Il prélève mais ne donne rien. Jamais ! (Benoît Patris, amateur de l’analyse dans l’analyse, nous ouvre la voie lorsqu’il nous dit que « la chirurgie opéra-bouffe opère à chaud au Père-Lachaise. »)

Extrait :

«Culottin était pour qu’on laissât à chacun son libre arbitre. Il ne donnait jamais son avis qu’on ne le lui demandât. Encore fallait-il les lui demander vingt fois.

En général, on ne demande de conseils, disait-il, que pour ne pas les suivre ; ou, si on les a suivis, que pour avoir quelqu’un à qui l’on puisse faire le reproche de les avoir donnés. »

« Le Gros secret », cet abîme de la mort, de la damnation et du mal existe-t-il réellement ?

Les portes de Paul Schnude sont-elles plus qu’un mythe ?

Pour certains le livre est non seulement réel mais il se trouve sur notre terre ; un volcan en éruption, des grottes obscures et sinueuses sous la jungle, un lac de feu dans un désert africain.

Ces lieux isolés ont tous un point commun; ils seraient d’antiques portes d’entrée vers le roman.

Depuis des dizaines d’années et dans un nombre incommensurable de glèbes, certains pensent que l’entrée se trouve sous nos pieds.

Bien entendu, certains lecteurs en seront pour leurs frais. D’autres resteront sur leur faim. Mais entre les lignes du roman, le Secret se veut philosophe : il faut accepter son lot.

Le fait d’écrire un roman choral est jubilatoire. La pensée qui part dans tous les sens est enthousiasmante. C’est aussi la construction, bloc après bloc, d’une pyramide assidue.

G de SM

Courtex apocryphe (attribué à Philippe Sarr)

S’il ne se contentait pas de ne boire que de l’eau, il persévérait dans l’idée saugrenue qu’écrire augmente le désordre de l’univers !

Le miroir anesthésié

Des secrets les plus adorables du monde, il y en a beaucoup, mais aujourd’hui, ce sera celui-là : Rien ne dure, tout se transforme. Seul le changement est éternel.

Récit des cœurs de l’univers, de la vulve préhistorique et du regard éternel de l’homme sur la femme, « Le Gros secret », d’abord édité chez L’Abat-Jour, est l’une des féeries de la littérature, quasi une légende des siècles, un hymne héroïque…

(ce bon Philippe Sarr dans son analyse ne s’autorise-t-il pas à écrire : « Avec Barthes et son plaisir du texte, ne considérons que le texte donc, le plaisir aussi que nous en retirons ou pas. »)

Il y a donc un rendez-vous joyeux pris avec l’auteur, un agenda plaisant, des découvertes amusantes…

Le romancier savait nous entraîner dans de bien distrayantes variations sur un thème.

(ce brave Jérôme Pitriol ne nous dit-il pas : « L’autre hypothèse, moins bienveillante mais non moins crédible,voudrait que l’ouvrage ait exposé en toute dé-complexion le pari d’écrire un livre qui dirait au plus grand nombre ce que le plus grand nombre a envie d’entendre.Et on n’a pas manqué de faire remarquer que c’était toute l’industrie du livre qui était basée sur ce principe. »)

« Le Gros secret » contient également des allusions à l’histoire de la Belgique. La rencontre de Culottin et de Milos Troutku est un prétexte à l’évocation de l’action décisive de Charlier Jambe de Bois, lors des combats de septembre 1830, autour du parc de Bruxelles pendant la révolution belge.

En France, le public ne disposant pas de cette référence, les analystes doivent donc lui substituer une référence plus française. Certains ont même pris le parti de la supprimer. De même, à l’époque, l’évocation de la Wallonie indépendante faisait partie de la réalité quotidienne. Quand Culottin parle de l’autre côté de la Terre, il se réfère automatiquement à la Flandre. Mais pour les Français, une fois de plus, cela ne correspond à rien. La Flandre n’est qu’une évocation d’un pays lointain, exotique.

En conclusion, on peut se poser la question, une fois de plus, du foisonnement des analyses. Pourquoi avec plus de dix versions différentes, « Le Gros secret » continue-t-il à attirer les analystes ?

La sénescence des recherches est-elle si perceptible qu’il faille s’y reprendre chaque année ?

Les cogniticiens sont-ils avec cette œuvre en quête de la structure sublime ?

Même si certains (comme notre ami Philippe Sarr, préfèrent nier : « de Gros secret il n’y a point. »), Paul Schnude est initiateur. Avec lui, le décor devient concret, palpable, Il est le lot que nous devrons accepter.

Au Pays Enchanté, nouvelle Babel, toutes les langues se mélangent pour ne garder qu’un sens, celui de l’humour.

Nous sommes là sur le chemin de ronde du roman. À ses pieds, s’agitent plusieurs propositions. Laquelle choisirons-nous ?

Laquelle vivrons-nous ?

Une aventure classique, commune à bien des êtres ?

Ou un parcours bizarre, parfois meublé de solitude ?

« Le Gros secret », défi moderne, nous souffle, à mots couverts, qu’il n’y aura qu’une seule histoire : la nôtre.

(ce bon vieux romancier ne nous disait-il pas : « La poussière est bien trop sœur pour la mordre sans rire » ?)

Extrait :

« Culottin avait les yeux voûtés comme une cave de Saint-Germain des Prés. Il s’approcha de Paul Schnude et lui ouvrit son cœur :

– Ce Couillonnet n’est qu’un imposteur. C’est moi le héros du roman !

– Oh vous savez, répondit Paul Schnude indulgent, pour moi c’est kif-kif. »

La grande pendule, dans le vestibule, n’indique que les heures du dernier jour. Le piano du grand salon se fait nostalgique. Les enfants ne liront pas de Saint-Maur. Trop de livres. Trop de mots. La pluie balaiera les bibliothèques d’encre déteinte. Couillonnet attendra en vain son général Dourakine. Le passé, frileux, actionnera les sémaphores de chansons oubliées.

Paul Schnude, nous le devinons, dépose la clé dans le secrétaire carnivore.

Tous les autres personnages envient son agilité. Il ouvre son parapluie et s’enfonce dans les corps caverneux du récit, tel un anti-Gene Kelly.

Tous les chevaux de la reine et tous les soldats de la reine ne suffiront pas à retrouver sa trace.

Lou Salomé

Courtex (inédit)

Le pape est mort. Un nouveau pape est appelé araignée.
— À régner ? Quel drôle de nom pour un pape…

Le jardin des délices

Le pays enchanté serait une reproduction à l’échelle du « Jardin des délices de Jérôme Bosch, dont les véritables clés seraient « diversité, plaisir, folie ».

Paul Schnude en serait la porte d’entrée exclusive. L’entrée du roman de la vie. Du roman de toute vie. Laquelle entrée se prolongerait au sud-sud-est par un sentier sec et rocailleux bordé d’épineux qui cheminerait au cœur d’une forêt obscure (celle de la Langue). S’y perdre (avec la gaîté d’un pinson) serait nécessaire pour en goûter la fabuleuse richesse.

L’auteur prétendait qu’écrire c’était sortir de soi pour retourner à soi en étant passé par l’Autre (il voulait dire l’autre livre !).

Je lui réponds ceci, avant qu’il ne décide sur un coup de tête de mettre un terme au « Gros secret », ce que personne ici ne souhaite :

Nous sommes un à vouloir entrer, mais la porte du Dedans a failli et s’est ouverte vers l’Extérieur (l’extérieur étant ici le Pays Enchanté) : il n’y a plus de place pour l’unité…

A méditer.

Philippe Sarr

Courtex apocryphe (attribué à Britanie Tops)

– Touche pas à la clé, salope ! aboya-t-il en saisissant son poignet orvet, qui se cassa net dans un petit craquement froid.

– Je te l’avais pourtant bien dit, de pas toucher à la clé, salope ! crut-il bon d’ajouter, tandis que la pauvresse en pleurs partait chercher un tube de colle universelle.

Clés, serrures et mains pariétales (analyse de La Porte arrière du roman)

Il se raconte que les premiers écrivains furent ces hommes qui, sous les flammes de leurs torches, apposèrent leurs mains sur les parois des cavernes avant d’y projeter des pigments, en utilisant cette antique méthode du pochoir.

Ces mains émouvantes, vaporisées, rupestres et paléolithiques, nimbées d’ocre rouge, ont traversé les millénaires, et nous apparaissent aujourd’hui comme des serrures, au travers desquelles nous regardons, et qui nous relient à une époque où la frontière entre l’Homme et la Nature se dessinait à peine.

Le « Gros secret » est une œuvre où la clé passe de main en main, jusqu’à nous en faire oublier qu’il existe une serrure, incarnée par Mister Paul Schnude, qui ne demande qu’à être débloquée. Mais obtenir la clé est une chose. L’utiliser à bon escient en est une autre.

Le Docteur L.G.1 me dit un jour, alors que j’allai le consulter pour une ènième maladie imaginaire, que le cerveau comportait autant de clés que de serrures. Le tout étant d’appairer chaque bonne clé à chaque bonne serrure. « Coincé, décoincé, coincé, décoincé, c’est comme ça », lui répondis-je en citant Jean Echenoz, avant de m’en aller avec ma clé, momentanément guéri.

Dans les cavernes préhistoriques – cinémas avant-gardistes – buffles, cerfs et gazelles s’animaient magiquement sous la lueur des torches, mais les mains dessinées aux murs ne participaient au spectacle. En effet, celles-ci étaient discrètement retranchées dans d’autres grottes, comme pour signifier qu’il fallait venir à elles. Ces mains pariétales, semblant nous dire à la fois adieu et bonjour, dans le silence pourpre de leur immortalité…

L’écrivain, en facétieux serrurier, a laissé de nombreuses clés derrière son œuvre, que nous avons suivies, tels des Petits Poucets. Ces clés nous ont emmenés dans des grottes étonnantes, recouvertes de peintures absurdes, burlesques, émouvantes, abracadabrantes, incompréhensibles, lumineuses… Et, dans la profondeur de nos cœurs se trouve une empreinte ; celle de cet artiste, dont la main nous salue bien bas, avant de repartir en goguette sur L’Avenue du rire.

Benoît Patris

Courtex (inédit)

Ce serait encore mieux si tu fermais ta grande gueule, me dit l’Allemand sur un ton bleu acier. Comprimé sur la gâchette du Luger parabellum, son index blanchissait comme la tête de Louis XVI. Je regardai autour de moi : des tas de betteraves à perte de vue. Je lui balançai mentalement un deuxième seau de mépris. Le coup partit et me creva la poitrine. Le méthane commença à s’en échapper avec un vilain sifflement.

Himmelkreutz ! Blasphéma-t-il. Et, protégeant son nez de la main, il recula d’un pas.

Le chant des betteraves montait droit comme un hymne.

Au-delà des raves

Mais quel est donc ce Pays Enchanté où l’auteur entendait nous promener ?

Une confiserie énorme, dans le style village constitué de maisons en biscuit et habitées par des bonshommes de pain d’épice ?

Au beau milieu d’un décor de pâte d’amande ?

Avec des sucres d’orge pour faire les arbres, des sucettes aux formes variées en guise de panneaux de signalisation, et une gaufre à chaque coin de rue qui permettrait l’accès aux canalisations de miel et de lait ?

Non. En aucune façon. Le lecteur distrait fait là un grossier contresens. Non, le Pays Enchanté est avant tout un sol terreux.

Notre homme fut très clair à ce sujet, et ce dès le chapitre 27. Il donnait à voir la glèbe. Des champs pauvres, bordés de fossés dépressifs ; des arbres lourds, voûtés, qui se tiennent mal ; des mauvaises herbes, foncièrement volages ; des pierres clairsemées ; un broutard çà et là ; et, dans le meilleur des cas, un petit potager de 25 m² dans le coin arrière-droit.

Les personnages y volent au ras des pâquerettes. Des fois plus bas.

Ils cherchent des raiponces. On ne les confond en aucun cas avec des fées. Couillonnet et Culottin ne visent jamais au-dessus de la ceinture. Troutku non plus. Et c’est généralement au détour d’une motte mal retournée que vous tomberez sur la reine Pamélasse. Tous les personnages du roman donnent la nette impression de chercher quelque chose au niveau du sol à longueur de temps. Ils veulent renouer à tout prix avec leurs impalpables racines, et sont prêts pour cela à interroger jusqu’aux notes de bas de page s’il le faut.

Mais nous, pendant ce temps, nous voyageons. Nous arpentons avec eux le terrain, mais un cran au-dessus. Nous allons, libres comme l’air. Plus loin que les oignons. Au-delà des raves.

Mais comment cela se fait-il ?

En quoi ce pays est-il enchanté ?

De toute évidence il n’a pas grand-chose à voir avec la terre des Aborigènes d’Australie. Si nous plaquons notre oreille au sol, nous n’entendons pas les vibrations du didgeridoo. Et nous perdons notre temps, le Pays Enchanté est un trompe-l’œil : il y a derrière le décor un enchanteur, et on n’en devine la nature qu’à l’observation des effets si subtils de sa gravité particulière sur les personnages.

Jérôme Pitriol

Courtex (inédit)

À 30 ans, la gifle.

À 50 ans, un coup de poing dans la gueule.

À 60 ans, un coup de pied dans les couilles…

Neufs portes, neuf clés, neuf énigmes et un neuf au petit déjeuner

Qu’importe le nombre pourvu qu’il y ait un trou.

Et c’est bien de cela dont question. Ce Pays Enchanté n’est qu’un sombre trou noir où le lecteur plonge dès la 158ème page !

Nous aurions pu penser qu’il nous emmènerait là où nous pourrions chanter : ‘des petits tlous des petits tlous toujours des petits tlous » mais ce littérateur était plus narquois. Et bloum un grand trou !

Quant à nous dire que ces personnages ont le nez au sol, on se l’imagine bien. Les clés ne poussent pas sur les arbres et il faut se méfier du trou et en cela quel joli coup de maître que ce Cullotin ! Et voilà encore une clé trouvée mais à quoi bon quand il n’existe pas de trou de serrure pour l’y enfoncer.

Minily & souris

Courtex (inédit)

Tous ces éléments, qui sont des victoires, seront vécus comme des oppressions.

Interview par Louise Berg (suite)

Comment envisagez-vous la relation entre vous et vos lecteurs ? Que souhaitez-vous que vos textes leur fassent ? 

Je vogue de jubilation en jubilation. .

Lecteurs surpris/auteur surpris , j’aime bien cette idée. Je travaille mon texte jusqu’à ce qu’il explose (ou implose) Je recherche le ton, l’ambiance, les pattes palmées.

En jouissant de nous.

Quel soulagement de s’admettre, de se voir sans se blâmer. Savoir aussi que tout cela est réparable…

La fin du monde correspondra à notre dernier soupir.

Nous sommes tous bénins.

Courtex apocryphe (attribué à Philippe Sarr)

Pour lui, il s’agissait d’ouvrir les fenêtres et de laisser les volets clos…

Ce que nous savons

« Le Gros secret » a-t-il livré son secret ? J’ai envie de dire oui… et non.

Plusieurs attitudes à adopter dans la vie ont été proposées. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Minily & souris (prudente comme de coutume) tourne avec circonspection autour du trou noir de la dé-signification (sans se faire happer) et se pose des questions décisives : Y a-t-il vraiment un secret ?

Et sinon à quoi bon toutes ces clefs ?

Jérôme Pitriol se fait franchement vitriol lorsqu’il se lance dans la description du Pays Enchanté : « Dans le meilleur des cas, un petit potager de 25 m² dans le coin arrière-droit. »

Son point de vue désabusé cache, en réalité, une grande affection pour « Le Gros secret », dont l’analyse lui a procuré, nous dit-il, beaucoup de plaisir.

Plaisir d’écrire évidemment. But avoué et recherché par les Cahiers de l’Hydre de Lerne (n’oublions pas qu’un cahier futur lui sera consacré).

Toujours à propos des clefs, le gentil Benoît Patris ne mâche pas ses mots lorsqu’il nous dit : « Le « Gros secret » est une œuvre où la clé passe de main en main, jusqu’à nous en faire oublier qu’il existe une serrure, […] Mais obtenir la clé est une chose. L’utiliser à bon escient en est une autre. »

Encore une fois, notre fidèle analyste hésite. Le secret du roman a-t-il vraiment été révélé ?

Oui… ou pas à pas !

Philippe Sarr, finalement assez enthousiaste, s’avance en avant-garde : « Le Pays Enchanté serait une reproduction à l’échelle du Jardin des délices de Jérôme Bosch, dont les véritables clés seraient diversité, plaisir, folie »… Oui, bien sûr et à cette vision épicurienne on pourrait ajouter « durée » également.

Philippe Sarr, toujours (par-delà son admiration pour Philippe K. Dick) a sa propre philosophie de la vie. Il aime l’écriture et le bon vin, certes, mais peut parfois se montrer exigeant (gage certain de qualité) dans la cooptation  :

« […] pour l’auteur, […] une plume était une plume et rien d’autre, d’où qu’elle vienne (principe qu’il appliquait toujours à la lettre de manière à ne froisser aucune sensibilité),»

Dura lex sed lex, Philippe est franc et admirable : pas question de baisser le niveau de ses analyses pour faire plaisir à l’auteur ou à qui que ce soit. Mission accomplie.

Lou Salomé, cinquième analyste à avoir fait un résumé du « Gros secret », nous l’avons déjà dit, est plutôt prudente : « Paul Schnude, nous le devinons, dépose la clé dans le secrétaire carnivore. »

Disparition de la clef donc, ou plutôt vol. Oui, tel un archimandrite sous acide, Milos Troutku, incarnation de la bêtise des religions, vole cette clef, se l’approprie et cherche clairement à nous l’imposer. Est-ce à dire que le lecteur, en quête de sens, devra en passer par les Saintes écritures ?

Non, le roman est très clair à ce sujet. Il est un hymne profane.

Quant au fameux « Gros secret » il est peut-être tout simplement celui-ci :

« Une vie vaut l’autre. C’est nous qui croyons (utilement) que la vie humaine est plus importante que celle des autres créatures. »

Cela dit, nous appréhendons fort bien la caution que cela procure à la critique (par déchiffrage) des analystes.

Il est « apparition de sens » et c’est dans cette apparition de sens qu’ils enfantent le texte qu’ils nous donnent à lire.

Notre connaissance du livre est donc tributaire de la leur.

Nous pourrions avancer la thèse que les analystes du « Gros secret » sont, en quelque sorte, des Grands Liseurs, dont la vision nous influence.

Dans l’alternance des analyses d’un même livre, il y en a, évidemment, qui comptent un peu plus que d’autres. Ce sont les « analyses révélatrices », celles des analystes qui, prolongeant leur appréciation de l’original, modifient du même coup leurs (primitives) revendications d’écriture et présentent un livre non pas simplement autre, mais un livre nouveau à leurs lecteurs.

En cela, ce premier Cahier de l’Hydre de Lerne a peut-être atteint son objectif.

N’oubliez pas de prendre connaissance des analyses provisoirement inclues dans la zone des commentaires.

1 Le Docteur L.G. professait dans la ville de S.

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