Valentine’s day

– « Georgie ? »

– « Oui ? »

– « De tous mes amis, tu es le seul. »

Ah, mes amis,

aujourd’hui le soleil européen ne s’est pas levé, il fait noir comme dans un hypocauste et il pleut à grosses gouttes. Cela bat mes tuiles. De temps en temps, un éclair sinistre éventre les ténèbres…

Dans le jardin fugacement livide, une pharyngite fatiguée, encore fumante, foule des fleurs fanées (bonjour l’allitération)…
Attendri, je regarde ma femme endormie et je la réveille de baisers en lui soufflant : — Cara mia, c’est la Saint-Valentin…

Un bon café, deux œufs pourris dans un nid d’hirondelles, et me voici en pleine forme pour ma nouvelle folie.

Il parait que chez les ricains, la Saint-Valentin c’est quelque chose qui n’est pas comme chez nous. Les gens envoient des cartes à tous leurs amis, sans distinction de sexe. Vous imaginez envoyer des cartes de vœux à TOUS ses amis ? Le boulot, l’inspiration pour ne pas tomber dans la circulaire, la file à la poste pour les timbres, la file à la papeterie pour les cartes et les enveloppes, le détour pour trouver une borne postale en état de marche ? Imaginerait-on ce que ferait Gaston Lagaffe dans une telle situation ?

Envoyer des cartes de vœux, oui, mais uniquement à quelques amis triés sur le volet.

D’autre part Gaston est un pervers narcissique à haut potentiel. Depuis que je sais cela, H.P. et P.N. dansent une farandole dans mon cerveau.

Je ne sais pas ce que vous pensez de cette mode soudaine (pour moi) où pratiquement toutes les personnes de notre entourage nous avertissent de leur potentiel élevé. Ce n’est pas que cela me dérange en soi mais, personnellement, je trouve cette annonce un peu maladroite, et je n’arrive pas à la considérer comme un signe flagrant d’intelligence…

Tenez, tout en étant d’un solipsisme aimable, je pense que ce principe s’applique aussi aux peuples élus de Dieu. Franchement, drôle d’idée d’aller dire aux autres qu’on est le peuple élu de Dieu. Ben oui, rien que par élimination ça fait beaucoup de mécontents…J’ai l’impression que c’est un truc qu’il faut garder pour soi. Élu de Dieu, oui, mais quel camouflet pour la démocratie ! Pas ou peu d’assesseurs. Une surveillance des scrutins par l’opposition quasi nulle. Aucun respect des règles de la république. Sans même parler de l’absence d’isoloirs. Imaginerait-on Robinson Crusoé organiser des élections un vendredi ? En même temps, si Dieu existe (j’arrive pas à y croire à chaque coup), on ne peut pas dire qu’il ait été particulièrement cool avec son peuple.

— Ah la varlope, va laver ton Q.I. car il n’est pas prop’ tirela ! me souffle une voix venue d’une autre dimension. — (Hum, qu’est-ce que je raconte, moi ? On s’y perd un peu là).

En tout cas je me rappelle encore avec effroi de ce directeur intrusif qui était venu me quérir en pleine classe, tel le Forrest Gump cinématographique :

— Allons, suis-moi mon petit, toi tu es différent… toi tu es un surdoué.

— Naaan, j’veux pas être un surdoué ! hurlais-je tandis qu’il me traînait attaché à la selle de son cheval…

Eh oui, quand ils sont venus me chercher, mes condisciples n’ont rien dit, ils n’étaient pas des surdoués…

Parlons plutôt des P.N. tiens, ça nous changera. Eh bien, sachez que je repère tout de suite les pervers narcissiques ! C’est hyper fastoche puisqu’ils montrent un manque d’intérêt pour tout ce qui ne les concerne pas personnellement ; d’ailleurs c’est carrément visible de tous, sauf du principal intéressé et de ses féaux. Je localise surtout ceux qui sont faussement humbles, ceux qui s’avancent avec le masque de la vertu. Ou encore ceux qui simulent la faiblesse ou la maladie. Chaque fois que je vois un type chétif, discret et angélique, je cogne ! Car, tout comme pour la malédiction de la danse de Saint-Guy, il n’y a qu’une seule façon de traiter ces malades.

Ainsi, après Laurence Pernoud  et Françoise Dolto, voici mes fameux conseils éducatifs :

Votre enfant pleure la nuit ? Il faut frapper, frapper, frapper ! Jusqu’à ce qu’il se taise. Des ennuis avec votre belle-mère qui prétend vous expliquer comment on élève un enfant ? Il faut frapper, frapper, frapper ! Des problèmes avec un ado qui fait sa crise ? Il faut frapper, frapper, frapper ! Des soucis avec vos voisins, ces mêle-tout, qui critiquent vos méthodes éducatives ? Il faut frapper, frapper, frapper sans relâche !

Une fois en prison, il faut absolument négocier une exemption de promenade car la fréquentation des autres détenus ne sera pas une plus-value…

On me dit décousu, ouais, mais je me permets de rappeler que je ne suis ni cousette, ni tailleur. En plus il me faut un mois pour composer cette bafouille, ça me laisse beaucoup de pistes. Sans même parler de mes critiques[1]

Ma fille me confesse qu’elle ne saisit pas mon humour et que je pars dans toutes les directions. Tu quoque filia mea ? Bon sang, on voit bien qu’elle n’a jamais essayé de lire le Monde Diplomatique (entre parenthèses qui diable lui a dit que je faisais de l’humour ?), mais je suis magnanime : on ne peut pas plaire à la fois au four et au moulin.

Revenons à la Saint-Valentin (juste pour contredire un peu ma fille, na) et, par la même occasion, à tous mes contempteurs, puisque je suis un petit comique (notez que ce n’est pas drôle d’être comique, on se fait flinguer par des types en phase d’hubris).

Voilà une fête qui, comme je le précisais supra, n’est certes pas faite pour les freluquets ! En plus elle fait mal à tous les solitaires, à tous ces malades de l’amour qui font des acédies. Des burn out de l’amour… Allons, la vie ne va pas comme ça, il faut cracher sur ses doigts et enfiler la besogne. Tenez, rien que le jour de la Saint-Valentin lui-même, on ne l’a associé à l’amour romantique qu’à partir du haut Moyen Âge.

Bon d’accord, maintenant c’est une fête vide de sens, super-récupérée, qui consiste à envoyer des billets doux avec des cœurs rouges ou des bataillons de Cupidons ailés. Ceci dit pour deviser chemin faisant et vous faire remarquer que je n’écris pas n’importe quoi.

(Pourtant chez Bozon comme chez Balzac, on est payé à la ligne et Dieu sait que, grâce à cela, je suis blindé de thunes, incorruptible…)

Le sujet est-il porteur ? Oh oui, avec notre toute nouvelle solitude encerclée, un rat de 500 grammes crève en moins de 24 heures[2].

Tout ceci me rappelle le partage de l’oie[3]… Un pauvre moujik coupa les deux pattes d’une oie, les donna à ses deux fils, et leur dit :

— À vous les jambes, car vous devrez reprendre la terre, marcher sur les traces de votre père.

Et coupant les ailes, il les offrit à ses deux filles et ajouta :

— Quant à vous, voici les ailes, car vous vous envolerez bientôt hors de la maison.

Les filles s’en vont, nous restons seuls !

Mais n’oublions pas la gouaille de Gabriel Garcia Márquez lorsqu’il nous dit : « Il s’agit de faire en sorte que  les choses les plus effrayantes, les plus inhabituelles soient dites avec la plus grande impassibilité. »

Je me souviens qu’après mon divorce, je ne voulais pas me mettre avec n’importe qui. Je me souviens avoir fait contre mon isolement un désaveu de foultitude. Je connais des ami(e)s qui ne résistent pas et accumulent des tentatives qui se soldent toujours par des échecs.

Je leur dédie cette petite chronique.

Je pense à eux, en ce jour.

Je voulais leur dire que je les aime.

Georgie de Saint-Maur

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[1] Venez retrouver ma plume dans Et ta critique ? aux éditions de l’Abat-jour.

[2] J’emprunte ce rat à Vialatte.

[3] Léon Tolstoï Comment le moujik partagea l’oie.

4 thoughts on “Valentine’s day”

    1. Tout d’abord, merci d’avoir lu mon billet, Philippe.
      Ensuite, merci de me poser cette belle question pas (aussi) innocente que l’on pourrait le penser, bravo…
      Toc, toc ? Entrez ! C’est vrai que (parfois) j’utilise un comique de répétition.
      De répétition. Je dis cela sans y penser., mais merci pour les félicitations, et bravo pour les remerciements.
      à bientôt alors ? Au Palace ?

  1. comme toujours je suis sidérée de voir avec quelle facilité tu trouves les mots. Même les événements comme la st valentin finissent par être intéressants et on s’accroche à ta version
    j’adore tes écrits continue surtout ne t’arrête pas lol bises « littéraires » !

  2. Merci pour ta fidélité Marie…
    Merci pour tes encouragements…
    ça fait chaud au cœur.
    (je crois qu’on peut se faire la bise, en effet)

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