Opération Puzzlecucu

Vous avez été plus d’une centaine à parcourir ma petite analyse de la « tortue à la tête de veau ». Je vous en remercie beaucoup.

Pour la rentrée de septembre, je pense me lancer dans celle du Roy rouge (celui qui rêve d’Alice). Ou du Roy blanc. Vaste sujet.

Mais passons maintenant à tout autre chose :

Quelques-uns parmi vous (je dis bien quelques-uns, pas tous) m’ont candidement demandé :

— C’est quoi cette bande dessinée, en dessous de l’article ?

C’est donc avec joie, je dirais même avec la passion de Carmen pour Don José, que je vais vous en parler.

Il n’est pas facile (oh que non !) de définir « Opération Puzzlecucu ». Cette série est trop longtemps restée rétive à toute tentative d’explication.

Le moment est venu de cracher dans ses mains et de mouiller sa chemise. Plus question de crier : ça ne me concerne pas ! Je suis trop vieux et le monde peut bien tourner sans moi. Opération n’est pas une bédé pour freluquets.

On croit comprendre qu’elle est l’œuvre d’un certain Jeff Pourri, auteur-compositeur & interprète de bien d’autres créations. On croit comprendre également qu’une espèce de docteur, dénommé Janus, essaie à tout prix de le « prévenir », mais le prévenir de quoi ? Le mystère reste entier. Quoique…

Un grand pan de l’énigme est soulevé lorsqu’on fait réellement la connaissance du terrible « Téléboudin », une arme de destruction massive déguisée en œuvre d’art.

 

 

Bien sûr Janus a une tête de boisson pourrie ; mais je pense qu’il s’agit là d’un détail voulu par l’auteur.

Tant que nous en sommes à comprendre, nous allons nous pencher sur un personnage qui fait semblant d’être secondaire, mais qui est, en réalité, le moteur de toute l’action : Zonzon (Zouzou pour nos amis belges). C’est à travers elle, en effet, que nous pouvons constater les méfaits de l’arsenal : Zonzon a été téléboudinée !!! Toutes les scènes où Janus trousse Zonzon ont été coupées au montage. Certains le regretteront, mais pas moi.

Pour rendre compte du succès exceptionnel de la bande dessinée « Opération Puzzlecucu » un occultiste de la fin du siècle dernier : Paolo Di Plodo, a affirmé que cette bédé était initiatique et que son auteur, Jeff Pourri, appartenait à une sorte de chaîne occulte ou, pour mieux dire, à une fraternité qui se transmet, depuis des temps immémoriaux, un savoir secret.

D’après cette opinion, la célébrité serait la récompense laïque donnée en connaissance de cause, à certains adeptes.

La biographie de Jeff Pourri a été examinée et il faut admettre que, si des témoignages formels n’ont pas été apportés (en pareille matière, comment d’ailleurs pourraient-ils l’être ?) souvent des éléments troublants ont été relevés. Pierre Carré, qui n’est pas un occultiste mais un enseignant clairvoyant et averti, écrivant sur la genèse possible de l’impénétrable et, récemment, sur les Éclairés a mis en valeur les rapports de cet auteur de bédés et des milieux initiatiques.

Déjà on avait noté les lectures singulières de Jeff enfant à la bibliothèque municipale de Bordeaux.

Un tel intérêt de sa part ne surprendra que ceux qui méconnaissent la nature même de « Opération Puzzlecucu ». Celle-ci recherche par le verbe (mots et images) à exposer les correspondances permanentes qui s’établissent entre le monde des épiphénomènes extérieurs et celui de la représentation animée par la fougue de la passion. Cette bande dessinée connait les Arcanes.

« Opération Puzzlecucu » jette une passerelle entre la sphère du Moi et celle du Vous, elle interprète les amarres du microcosme tremblant et du macrocosme constant.

Il est donc normal que l’un et l’autre soient en étroite relation puisqu’ils participent à une quête semblable. Jamais, selon mon intuition, on n’insistera trop sur la propriété initiatique de « Opération Puzzlecucu ».

Toutefois, la proximité des joyeuses sociétés secrètes ne suffit pas à faire éclore la lumière sur le succès de cette bédé ; celle-ci présuppose un caractère singulier d’humour intérieur, une situation exceptionnelle de lucidité qui fuit toute connaissance, toute cognition et tout procédé.

C’est grâce à cet état de l’individu qu’un doux frôlement s’établit entre le monde et le dessinateur, en un mot, que le courant passe.

(à suivre)

George de Saint-Maur

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