Le Bestiaire équitable : quatrième épisode

Quatrièmes analyses

Section 4 : les mammifères quelconques

Le bestiaire laissait ici la place qui leur revient à tous ces petits animaux à sang chaud qui ont avec nous tant de points communs mais qui, en même temps, ne nous arrivent pas à la cheville. 

Souris, rats, taupes, hérissons, belettes, renards, leurs équivalents exotiques, etc. Tous ces rongeurs, ces petits fouineurs, qui sont sales, infestés de parasites, porteurs de germes en tous genres (sans parler de la terre dans les oreilles), qui s’immiscent volontiers dans nos affaires, et qui le reste du temps se logent dans des trous ridicules et invraisemblables, préférentiellement à la campagne, où le prix du mètre carré est moins élevé.

Ce chapitre passait très vite sur cette canaille, ne s’attardait qu’en de rares occasions, et sans vivisection superflue. Le blaireau, à titre d’exemple, était à peine effleuré, tant d’ouvrages lui ayant déjà été dédiés, sans compter les programmes télé.

Économisée sur les nuisibles, un peu de place était réservée à l’art – une fois n’est pas coutume –, en particulier l’art de la taxidermie, qui ne s’improvise pas. À ce sujet, un extrait conservé (dans un cadre cloué au mur du salon, entre les trophées) donne une bonne idée de l’utilité de l’ouvrage : « Un rat empaillé par un maître artisan peut donner la parfaite illusion d’une féroce belette et effrayer la progéniture de notre ennuyeuse voisine, qui aura ainsi moins facilement l’idée de nous rendre visite à l’impromptu à l’heure du goûter. »

Cette laborieuse section évoquait enfin les marsupiaux et autres animaux de poche, ainsi que les ruminants, tout ce qui broute et qui, mal canalisé, vient jusque dans nos bras mastiquer nos villes et nos campagnes.

Jérôme Pitriol

L’Odeur du Bestiaire (Philippe Sarr)

Quand un arbre tombe, on l’entend, quand le blaireau pousse, pas un bruit. 

Best of

L’homme fut le dernier à être épargné. Loin derrière les bactéries et les protozoaires.

Des rats

Passablement critique, anthropomorphiste, et sans fondement historique, il m’a fallu atteindre ce quatrième chapitre pour comprendre le sens caché de cet ouvrage autant généraliste que zoologique. La haine.

« Nous sommes des chiens ! » éructait Léo Ferré se référant à Diogène (et non pas, comme chacun le croit à la race canine). « Nous sommes des rats ! » tente de parodier l’auteur du « Bestiaire équitable » ne se référant à plus rien du tout. Le presquosophe ici ne s’embarrassant pas de références superflues. Croisant un potager en plein été, il eut crié : « Nous sommes des tomates ! » Ne pouvant s’empêcher de rajouter « bien mures ! », ou assistant au Liège Bastogne Liège : « Nous sommes des mollets ! », « Nous sommes des maillots ! ». À Strasbourg, « Nous sommes des saucisses ! »… Mammifères quelconques, possesseurs de camping-car. Souris à gueule de chien qui, pour un ballon envoyé dans un filet hurlent à la mort jusqu’à s’en décoller la plèvre – « Buuuuuuut ! ». Pauvres campagnols. Malheureux steaks sur pieds. Haineux devant la misère qu’ils redoutent. 

Voisins, autant amers qu’exécrés. Usine à méthane !

Serge Cazenave-Sarkis

 

L’Odeur du Bestiaire

— Le kangourou roux n’est-il pas sous-représenté en littérature ?

— Vous avez tout à fait raison. L’animal se prêterait pourtant à des histoires riches en rebondissements.

 

L’Odeur du Bestiaire (Georgie de Saint-Maur)

— Mon ballet préféré ? « Casse-noisettes » bien sûr, dit Jacquet, l’écureuil.

 

Toujours en question

Si je devais, en toute franchise, brosser la première image qui s’est imposée à moi lorsque j’ai lu le « Bestiaire équitable », ce serait, sans conteste, cette étrange femme à tête de renard de Paul Whitehead.

Le « Bestiaire » est, par essence, un récit condensé et il convient à l’hyperbole par laquelle l’auteur fait contraster la cruauté et le zèle de ses classements.

Les affrontements psychologiques mis en scène se terminent immanqua-blement par l’échec, voire la dévoration du plus réfutable ou du plus benêt, agression que vient accentuer la brusquerie du dénouement.

Le monde que décrit ce roman est celui du charisme et de l’astuce, et son registre naturel n’est qu’une parodie pour en dénoncer la mièvrerie.

Si son début renvoie à la féerie de l’enfance, l’aboutissement est celui du désenchantement.

Si nous savions, si nous pouvions comprendre, au détour d’un iceberg, ce que signifient les glapissements du loup ou les hurlements des macaques, nul doute que nous serions bien mieux placés pour décider qui en est et qui n’en est pas. Et souvent, cela se révèle utile. Qui pourrait me contredire ? (et surtout pourquoi ?).

Mal connu ou méconnu, le « Bestiaire » reste un ouvrage incontournable. Les enjeux moraux et scientifiques sont emportés par un tourbillon de parapluies rouges à pois noirs.

Qui se soucie encore de la portée sociale de la littérature animalière ?

Jérôme Pitriol ?

Oui, mais lui et seulement lui.

Georgie de Saint-Maur

 

L’Odeur du Bestiaire

— L’ornithorynque est-il réellement un mammifère ? 

Sérieusement ?

— Lui-même a tendance à s’en défendre, mais la réponse est oui. Et la femelle va jusqu’à pondre des œufs pour nous induire en erreur. 

Mais nous ne sommes pas dupes.

 

Best of

Demain les chiens fut un livre remarquable et remarqué.

 

Blaireau !

Dans cette quatrième section, un vibrant hommage est rendu au blaireau. Que de fois, au cours de ma vie, n’ai-je entendu prononcer ce mot à mon égard ! 

La dernière fois, ce fut lors de la présentation d’un projet de roman à un éditeur parisien pourtant réputé pour son amour invétéré des marsupiaux. « Rats » était le titre dudit roman. 

Le topo ? 

Disons qu’il y était question de… vie politique. Oui. 

Et des hommes qui sont censés la faire et l’appliquer. Une sorte de « Jardin des supplices »… 

— Vous savez que vous vous attaquez à plus gros que vous. Vous connaissez sans doute la fable « Le corbeau et le renard » ? (Je pense qu’il a dû se tromper…).

— Oui…

— Vous n’êtes qu’un blaireau, Sarr !

— Merci pour ce beau compliment !

L’homme périt sur le coup d’un infarctus.

Ben oui, enfin, qu’est-ce qu’un blaireau sinon un animal au pelage soyeux, à l’odorat très fin, et dont les rainures de la robe sont tout à fait à l’image de ce que je suis. Blanc/Noir ! Blaireau, une image sonore avec laquelle j’aime me confondre. BLAI-REAU ! Chordata Mustelinae Meles. Presque une formule de sorcière ! Ou mon LO-LI-TA à moi.

Alors oui, mon roman, dont un membre de la famille de l’éditeur s’empara sur le champ, dort sans doute sur la paille à présent, dans les soutes d’un navire marchand au milieu de je ne sais quels animaux taxidermisés voguant en direction de côtes lointaines. 

J’ai toujours détesté les animaux empaillés. Ceux de forêt noire, tiens, dont j’admire tant les paysages. Une horreur ! 

Non. Même pas en rêve…

Philippe Sarr

 

L’Odeur du Bestiaire (Georgie de Saint-Maur)

Hop-là et pochon qui s’en dédit.

 

Best of

Il se trouvait en fait plus de différence entre la femme et l’homme qu’entre tel animal et tel autre.

 

Râteau

Jérôme Pitriol, ce célèbre écrirombest, est très surprenant dans ce nouveau chapitre. Franchement, mettre un rat empaillé dans son salon pour faire peur aux petits voisins, quelle idée bizarre. 

Pourquoi ne pas, plutôt, jouer un air de cornemuse, nu, dans son salon ? 

La question est posée.

Les rats semblent prendre une très grande place dans l’œuvre de notre écrivain. Rats d’égouts, rats des champs, rats musqués, rats masqués et en apothéose rats empaillés !

Le blaireau, ce charmant animal, est quant à lui relégué au second plan !

Cela s’explique par le fait que, longtemps, Pitriol a délaissé le savon à barbe. 

Pourquoi ? 

Par facilité. Imaginez-vous cet auteur face à son miroir, le matin, tenant dans ses bras un beau blaireau et tentant d’étendre le savon à barbe… 

Le blaireau s’insurgea contre cette maltraitance animale et griffa le nez de notre ami. 

Depuis, on raconte qu’il portait la barbe à la façon Léonardo Da Vinci.

Minily & Souris

 

L’Odeur du Bestiaire

— J’ai un hérisson dans mon jardin mais il est craintif. Comment faire pour l’apprivoiser ?

— Tout d’abord, respectez son intimité. Evitez les coups de taille-haie dans le buisson où il a élu domicile. Ensuite, faites le premier pas. Si vous comptez sur lui pour ça, il va falloir vous armer de patience. Invitez-le par exemple à dîner. Faites simple. Du pain et du fromage, vous êtes sûr(e) de le séduire. Vous pouvez servir un peu de vin aussi : si sa conversation manque de piquant, la soirée vous sera plus douce.

 

L’Odeur du Bestiaire (Georgie de Saint-Maur)

Grimbert, le blaireau, savait parfaitement qu’il était rasoir.

 

Best of

L’homme qui lisait était soi-disant un animal dépravé ! Quel mépris.

 

Le questionnaire de Louise Berg (suite)

Quel est le fil qui relie les 7 épisodes proposés dans ce cahier ? 

Ont-ils tous été écrits à la même époque ? 

Comment les avez-vous choisis parmi tous les épisodes que vous avez en stock ? 

D’ailleurs en avez-vous beaucoup en réserve ?

C’est mon intérêt pour les animaux qui relie l’ensemble. Je les aime vraiment. Pas au point d’avoir un chien, bien sûr, mais j’ai déjà des tas d’araignées.

Je donne un peu l’impression de maltraiter les créatures dans le « Bestiaire », mais en réalité, ce sont les mots que j’aime maltraiter. J’essaie toujours de leur faire dire ce qu’ils ne veulent pas dire. C’est le deuxième fil. Avec deux fils je peux commencer à tisser quelque chose.

Si j’ai des stocks ? 

Grand Dieu, non. J’aime beaucoup les animaux, mais pas au point de les mettre en bocal. Sur l’ensemble, seule la fable est plus ancienne. Il est toujours plaisant de refourguer une vieillerie, mais en général je travaille à flux tendu.

 

L’Odeur du Bestiaire

— Pourquoi le lièvre variable est-il nommé ainsi ?

— C’est une histoire de contraste. Comme pour l’homme, en fait. Quand l’automne succède à l’été, l’homme range ses tongs et se munit d’un parapluie. L’hiver venu, il remplace le parapluie par une écharpe et une bonne paire de moufles. Eh bien le lièvre, c’est pareil. Simplement, comme il manque de place en son gîte pour stocker un tel bric-à-brac, il se contente de changer de couleur en fonction des saisons.

 

Ce que nous savons

Serge Cazenave-Sarkis comprend l’importance du rat dans le « Bestiaire Équitable ». Il a deviné (ou on lui a dit ?) que l’auteur écoutait très fort du reggae roots sur des courses de rats pendant qu’il écrivait ses pages. Georgie de Saint-Maur finit d’isoler l’auteur, en concédant toutefois l’immense portée morale et scientifique de son texte. 

Philippe Sarr ne dit rien ici d’essentiel sur l’auteur du « Bestiaire », mais prouve qu’il est lui-même l’auteur le plus sincère de sa génération, puisqu’il est le premier à avouer par écrit s’être fait traiter de blaireau par un éditeur, alors qu’absolument tous ont vécu au moins une fois ou deux cette triste expérience. 

Quant à Minily & Souris, elle a vu clair entre les lignes du texte, notamment en ce qui concerne la pilosité faciale de l’auteur depuis qu’il a enterré son blaireau au fond du jardin.

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