Le Bestiaire équitable : cinquième épisode

Cinquièmes analyses

Section 5 : les amis de l’homme

La présente section traitait essentiellement des chats, chevaux, et autres chiens à poils courts. 

Des mammifères dignes de confiance. Enfin.

Il est nécessaire ici de préciser, ce que le bestiaire avait négligé de faire à l’époque, que les amis de l’homme peuvent aussi se lier d’amitié avec la femme. À l’époque cela paraissait évident, les animaux n’étant pas sexistes, pour la plupart, mais aujourd’hui il est avisé de le dire clairement. Le féminisme orthodoxe veille, et des auteurs aussi nuancés que Georgie de Saint-Maur ou Philippe Sarr eurent à subir, en leur temps, de très violentes accusations de machisme pour bien moins que cela. 

Soyons prudents. 

Et déclarons-le : la femme se lie aussi facilement aux animaux de compagnie que l’homme. Plus facilement même, peut-être. En effet, si nous prenons une femme au hasard, dans bien des cas nous constatons qu’elle a aussi un cochon à la maison.

Un long et brillant développement sur le cheval constituait indiscutablement l’un des morceaux de bravoure du livre. Cette étude ayant miraculeusement été conservée (par un brouillon écrit dans un exemplaire des « Blancs », le chef-d’œuvre de Sarr, qui à l’époque servait de bloc-notes pour notre travail), nous en citerons avec plaisir un extrait représentatif :

« Le cheval est le meilleur ami de l’homme. Tout se mange, dans le cheval. »

Vous allez me dire : on dit la même chose du cochon. Certes, mais celui-ci ne rend pas autant de services à l’homme, loin s’en faut, avant de passer à table. 

Essayez donc d’apprendre l’équitation monté sur un porc, même bien disposé. 

Essayez seulement d’inventer la roue et l’agriculture avec cet animal plus têtu qu’une tique en train. 

Alors qu’avec le cheval, ce serait tout à fait envisageable… Le cheval a rendu d’immenses services à l’homme. On lui doit clairement l’une des plus grandes inventions de l’histoire de l’humanité : je veux bien sûr parler du turf.

Jérôme Pitriol

L’Odeur du Bestiaire (Georgie de Saint-Maur)

La fièvre et la mort tuent.

Best of

Jamais le diable n’apparut à Adam et Eve sous les traits d’un serpent. Il serait grand temps de rétablir la vérité.

Equidés

Je suis colère. Au fil de ces pages, contrairement à mon allant premier suscité par la conviction que ce texte allait me valoir des heures heureuses, je le répète, je suis colère. 

Il m’eut suffit de l’oublier. Rien ne m’en empêchait. Si ce n’était l’envie de me l’extraire de la tête comme l’enfant se triture à souffrir, chancelante, sa première dent de lait. Et oui, l’homme sage que je suis censé être prend du plaisir à l’agace (toute proportion gardée). 

J’avoue. Ce « Bestiaire » m’horripile… Si je l’abandonne quelques minutes, c’est pour mieux le retrouver – alors, loin des regards, je m’applique à imaginer qu’entre deux feuillets tirés du chapitre 5 relatant du rapport affectueux homme, femme/animal de compagnie,  je sodomise ceux-ci avec la vigueur d’un cheval en rut. Page après page, je fourre, j’enfourche, je défonce, je pénètre par effraction, à sec ou savonnée,  toute anfractuosité… Par bonheur, l’auteur du « Bestiaire » ignorait le blessant cahier à spirales.

 « Tout est bon dans le cochon ». Paf ! Au cul la truie. 

« Le cheval est le meilleur ami de l’homme ». Vlan ! Insémination artificielle jusqu’au coude. Pousse ! Pousse ! Jusqu’aux dessous de bras. Nivea men, 48 heures d’efficacité.

L’apothéose : LE TURF ! (Truc à ne plus jamais sortir couvert !)

Décidément, je ne côtoie que des assassins.

L’imagination me manque. 

Fabre, Darwin… où êtes-vous ?

Serge Cazenave-Sarkis

L’Odeur du Bestiaire

— Le cochon fait-il partie des meilleurs amis de l’homme ?

— C’est ce qu’il croit. Naïf et gourmand, il en vient encore à se réjouir lorsqu’il est convié à table à l’heure de l’omelette au lard.

Best of

Jérôme Vitriol servirait nos desseins. Rendrait justice au fabuleux bestiaire équitable dont il ne serait que le messager. Finirait par être des nôtres. Inévitablement.

Visions

Je vois des ombres d’animaux glisser sur les parois des cavernes. Des sagaies lancées avec des grognements chasseurs. Je vois les feux salir la voûte et les humains compter leurs amis sur leurs doigts.

Le loup, bien sûr, qu’ils ont amené à s’approcher toujours davantage, morceau de viande après morceau de viande.

Le cheval, évidemment, qu’ils ont enfourché et dompté, pour parcourir la terre immense jusqu’au bout de l’horizon.

Mais aussi les poules, pour leurs bons œufs, les vaches pour leur bon lait, les chèvres pour les légionnaires.

Ah, que l’homme est taquin et anthropocentriste !

Le « Bestiaire équitable » nous ramène à nos origines et au beau cadeau de la vie. Lorsqu’on le relit, en commençant par la fin, on s’aperçoit que la première section devient la dernière. Ce sont donc les insectes qui sortiront vainqueurs de ce gigantesque tournoi. Tout comme les mammifères ont triomphé des dinosaures, les insectes triompheront des mammifères.

Voici le message peu optimiste que nous livre le « Bestiaire équitable » lu à l’envers.

Mais notez que rien ne nous y oblige.

Georgie de Saint-Maur

L’Odeur du Bestiaire

— Les dauphins sont-ils aussi sympas qu’ils voudraient nous le faire croire ?

— Vous avez raison de vous méfier, jouer au mariole dans le sillage des voiliers n’est pas un gage de sincérité. Il faudrait déjà regarder si leur comportement est le même hors caméra. Cela dit, on rencontre ce genre de m’as-tu-vu parmi d’autres espèces.

Best of

L’amour des hommes ne se distinguait en rien du rut des animaux.

Cavalcade

Jérôme Pitriol chevauchait sans conteste au travers des vastes plaines de l’écriture. Tel un preux chevalier, portant fièrement en bannière, ses armoiries – « JP ». 

Il fut l’un des premiers à reconnaître que les femmes pouvaient, elles aussi, entretenir d’harmonieuses relations avec les animaux.

Il évoquait notamment la singulière fascination des femmes pour les porcs.

Or, l’histoire démontrera que les femmes se détournèrent rapidement des porcs leur privilégiant la noblesse. Elles adoptèrent notamment les lions et leur belle crinière, les chats et leurs attitudes gracieuses, les chevaux et leur panache.

Mais jamais au grand jamais elles ne les empaillèrent…

Minily & Souris

L’Odeur du Bestiaire

— Doit-on forcer son chien à faire dans le caniveau ?

— C’est mieux. En ville, bien sûr, il est d’usage de montrer à ses voisins de palier le respect qu’on leur doit en faisant déféquer son animal de compagnie sur leur paillasson. Mais en dehors de cette coutume, il convient de conserver aux citadins la possibilité de progresser en ligne droite sur les trottoirs.

Des animaux sexys !

Question : le « Bestiaire » serait-il une parodie des Onze mille verges de Guillaume Apollinaire  ? 

Freud, bien avant lui, n’eut de cesse de montrer la part marquante de l’animalité dans la sexualité. L’auteur, de manière audacieuse, nous conduit à nous réinterroger sur notre nature animale et son lot de métaphores croustillantes. 

Ne dit-on pas « des yeux de lynx », « baiser comme un lapin », qu’unetelle ou untel a « du chien », que tel homme est « monté comme un âne » ? 

Et que dire de « l’homme aux rats » ? 

Ou de ces chattes, sur un toit, brûlant ?

Oui, les métaphores animales, notamment du sexe féminin, abondent et ce fabuliste nous rappelle, à sa manière, que nous avons, dans ce domaine, beaucoup à apprendre. 

Savez-vous, par exemple, que les canards sont dotés d’un pénis en spirale particulièrement efficace ? 

Que les hérissons, si peu glamours, sont pourvus d’un pénis à quatre têtes capable de décharger dans plusieurs directions à la fois. 

Qui dit mieux ?

Oui, qui dit mieux…

L’Odeur du Bestiaire

— Combien vaut un œil de chat sur le marché ?

— Vous voulez sans doute parler de la pierre, l’œil-de-chat. Cela doit être fonction de sa taille et de son aspect, veuillez vous adresser à quelqu’un de compétent en la matière.

Best of

L’homme était de tous les animaux le seul à pouvoir vivre enfermé en lui même !

Notez le bien.

Le questionnaire de Louise Berg (suite)

Quels sont vos auteurs préférés ?

Mes auteurs préférés ? 

Oh la ! Il y a là matière à un second bestiaire ! Ne me tentez pas… 

Et pourquoi pas un catalogue ? 

On sera plus vite débarrassé. 

Allons-y donc (par ordre alphabétique, plutôt que par ordres et embranchements) : Baudelaire, Brassens, Coluche, Desproges, Gainsbourg, Kafka, La Bruyère, La Fontaine, Lovecraft, Poe, Rabelais, Tolkien, Verlaine, Vialatte, Villon. Et quelques autres…

Ce que nous savons

C’est exactement dans son analyse ici présente, qu’on se rend compte avec stupeur que Serge Cazenave-Sarkis entretient un bien curieux rapport au texte. 

Georgie de Saint-Maur aussi l’a tourné et retourné, lu à l’envers comme à l’endroit, pour en presser tout le sens, le jus avec la pulpe et les pépins. Minily & Souris, pour sa part, nuance le rapport femme/cochon, tandis que Philippe Sarr, a contrario, pose sa caméra au plus près des origines du canard et du hérisson.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.