Despentes, Selby, Bukowski et le Nouvel an !

Virginie Despentes… La pureté en descente… Descente aux enfers de jeunes louves édentées et de vieilles ravagées. Car, oui, il y a de la pureté dans ce regard qui en a vu de toutes les couleurs et s’avère capable de se mettre à la place de chacune.

La pureté, cette force d’étonnement issue de l’enfance qui observe sans juger, et perdra en chemin les morales bon marché qui affichent leur « Moi – ça – jamais ! » ou leur « Je suis Poli » ; panneaux flanqués d’une maxime de prêt-à-penser, exhibés sur tous les murs… Rigidité des principes, tenez-vous à l’écart ! L’empathie de Virginie est sans limite, elle navigue dans les eaux troubles comme un poisson dans sa rivière ; chaque personnage semble dire « je ferai de mon pire… » et la tendresse, comme la folie, jaillit là où l’on s’y attend le moins… Il y a de cette prouesse dans son Apocalypse Bébé. Cette capacité à embrasser chaque être dans sa singularité comme dans sa banalité et à nous tenir en haleine avec ces histoires humaines, trop humaines…

Bien avant dans les années 80 , échoués sur ma table nuit, également dévorés en peu de temps, Hubert Selby et son déchirant Last exit to brooklyn, puis Bukowski…

Bukowski qui avait bu, bu comme Ski, pour apaiser ses Souvenirs d’un pas grand-chose. Et descendre, lui aussi, glisser sur la pente, fond profond des ventres meurtris, et en extirper les rêves les plus fous, les plus inavouables… Les contes de la folie ordinaire me bouleversent… Moi qui jusque là avait été abreuvée de littérature classique, je découvrais une poésie qui me parlait de mon temps, de ses anti-héros, de ses moins que zéro…

Au sommet de la culture pop, les grands-mères n’avaient plus que leur mouchoir pour pleurer en gémissant : Tout fout l’camp… A cette époque, rien que le mot « camp » faisait encore claquer les mâchoires… Un temps révolu, enseveli. On est rôdé depuis… Erodé aussi… Et Bukowski bien arrosé… En fait, les époques ont les enfants terribles qu’elles génèrent… Dans le monde rangé des libraires, il fallait donc ménager un espace où l’humain puisse braire, brailler d’une langue éraillée tant elle s’est frottée à la peau rugueuse des rues… Une langue nue, simple que chacun peut comprendre pour dire des choses bien plus complexes qu’il n’y paraît : l’inavouable désir d’être aimer, entravé, gravé dans la chair, un tatouage râpé, désespérément, sans jamais pouvoir l’effacer totalement… Encore que… Aujourd’hui la technique, comme l’alcool, peut faire des « miracles » : radier, irradier, rogner les neurones dérangeants…

Et le désir rampe entre chaque ligne, tente d’échapper au scalpel, jusqu’à l’extinction des feux…

despentes« Ecrivez, Mademoiselle, que si les hommes boivent ce n’est pas par alcoolisme, c’est par romantisme » m’avait dit un jour un pêcheur qui s’était installé à mes côtés avec ses besaces pleines d’odeurs… Combien d’intelligence du cœur j’ai vu s’éteindre depuis… Foies explosés, poumons calcinés, tremblements hystériques des poissons sur la berge. D’une liberté revendiquée ne restait plus qu’une came-isole chimique, les addictions et leur cortège de maladies… J’avais fini par en vouloir aux poètes maudits et à cette putain de rock’n’roll attitude… A Bukowski, à Miller, aux Doors… Et voici qu’aujourd’hui Virginie me sourit.

Derrière elle, Diego, Pat, Yasmina, Phil, Toupy, Tchè…   Mes amis morts : une génération dite perdue a grandi sans fureur de vivre, elle a lu et bu, beaucoup, sans avoir rien écrit, ou si peu.

Elle disparaîtra sans éclat, merci Virginie de leur donner une voix.

Un nouvel an s’annonce, à mes proches, je propose de le fêter sans alcool, en hommage à ceux qui nous ont quitté… Cela ne nous empêchera pas d’avoir des bulles dans la tête et de nous sentir plus jeunes que jamais, bien au contraire.

Un Très Bon Nouvel An à Tous !

Claire Blach, décembre 2015.

3 réflexions au sujet de « Despentes, Selby, Bukowski et le Nouvel an ! »

  1. J’ai lu des œuvres de V. Despentes et de H. Selby Jr. Violemment « trippant » ces livres. Après avoir fini ces livres, j’ai toujours l’impression d’avoir une reçu une claque.
    C. Bukowski pas encore…Cela ne saurait tarder. Amicalement

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