Ça va encore être la Foire

— « Je pense que ces types étaient des nihilistes. Ils n’ont pas arrêté de répéter qu’ils ne croyaient en rien.»
— « Putains de nihilistes ! »

— « … »

— «  On peut penser ce qu’on veut du national-socialisme, mais au moins ça c’était une doctrine. »

— « … »

La fête foraine est de retour. Je vais devoir sacrifier à la tradition et rapporter un délicieux hot-dog à ma femme. Elle adore ça.

Tiens, en regardant des vieux enregistrements de l’émission Ces années-là, on réalise presqu’immédiatement que toutes les images des anciens JT subissent l’effet K.

L’effet Koulechov[1] qui nous interroge sur la fonction du montage au cinéma.

En 1921, Lev Koulechov fait une expérience novatrice : il choisit un plan de l’acteur Ivan Mosjoukine sur lequel son visage est neutre et ne laisse paraître aucun sentiment particulier. Ce plan, il le décline à l’identique trois fois. La première fois, il le fait suivre d’une autre image, celle d’une assiette de soupe. La deuxième fois, de l’image d’un cercueil dans lequel repose un enfant ; enfin, une femme lascive allongée sur un canapé succède au dernier plan.

La faim, l’affliction et le désir : trois émotions suscitées par les plans en contrechamp de celui de l’acteur totalement inexpressif.

A chaque fois, les spectateurs ont loué le jeu parfait de la star russe.

Avec cette manipulation, Lev Koulechov démontre la force et le pouvoir du montage. Il renvoie au spectateur son propre regard, que celui-ci semble également « réimprimer » sur l’acteur, en le chargeant de sentiments qui ne sont pas les siens.

« Il ne faut pas qu’une communauté vienne chez nous pour imposer ses mœurs. »

L’effet K marche aussi pour les citations. Je trouve mon amie Cécile bien téméraire de poster sur facebook cet extrait de De Gaulle, surtout au moment où Nadine Morano multiplie aussi ses citations. J’ai lu un ou deux trucs sur le général, mais pas assez pour me faire une opinion équitable. En 68, j’étais contre lui. Aujourd’hui je le vois un peu différemment. Je me souviens pourtant qu’un jour, alors que nous regardions la télévision, que mon oncle Albert a décrété : « De Gaulle est un grand homme ! » et c’est vrai, ça se voyait, il dépassait tous les autres d’une bonne tête.

— « Vous semblez oublier, mes amis, que vous n’êtes que des salariés, c’est-à-dire les êtres les plus vulnérables du monde capitaliste ! »[2]

Au 20ème siècle, le débrayage ambitionnait de forcer un patron (par la confiscation quotidienne de son usine) à accepter les revendications de ses ouvriers dans un réflexe typiquement capitaliste.

Aujourd’hui, je ne pense pas que le gouvernement soit sensible à une grève. Le vrai flair des syndicats pourrait être d’identifier les usines où ces gens-là placent leurs intérêts. Sans doute s’apercevrait-on qu’elles ne sont plus du tout situées en Belgique. Où pire encore : que ce sont les mêmes que celles où les syndicats placent les leurs… Ce qui peut expliquer, avec limpidité, leur impasse mexicaine[3].

Je ne sais pas pourquoi, mais je repense soudain à ces tests de logique que j’avais du passer avec un psychiatre de l’armée.

— « 1, 2, 3, 4, 5… complétez. »

— « 645. »

— « Pourquoi 645 ? »

— « Pourquoi pas ? »

Et il avait noté dans son rapport : « Prône le désordre. »

Terminons avec cette magnifique chanson de Jeanne Boitel[4] dans le film Conduisez-moi, Madame avec René Pujol :

« Quand on a son volant en mains

Tout va très bien

On peut r’garder l’humanité

Avec fierté. »

That’s all folks

Gilbert-et-Gilbert

[1] Ou encore : expérience Mosjoukine

[2] Un idiot à Paris (1967), écrit par Michel Audiard

[3] On utilise l’expression “impasse mexicaine” ou mexican standoff pour une confrontation à l’issue inextricable entre des adversaires à forces égales. L’exemple le plus fréquemment donné est celui de la crise des missiles de Cuba en 1962

[4] Ciné-Stars 1929

4 thoughts on “Ça va encore être la Foire”

  1. Méfies-toi des hamburgers sur la foire car partout chez eux, avec une facilité exemplaire, ils peuvent te rester également sur l’estomac

  2. Je pensais que l’effet K se rapportait à une marque de corn flakes bien connue permettant de perdre du poids. Je remercie donc Georgie de Saint-Maur d’avoir éclairé, une fois de plus, ma lanterne, en me libérant d’une doctrine consumériste qui n’a rien à envier à celle du NSDAP.
    En espérant vous lire très prochainement,

    B.

  3. C’est vrai aussi que certains présentateurs de JT se donnent parfois des airs de glandeur, du genre de celui qui ne s’ en fait pas et que rien n’émeut. .. mais bon le feignent-ils vraiment?
    Une note une fois de plus très drôle en tout cas…

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